Dimanche, 14/07/2024 - 23:23

Tag: Livre deuxième. Gwinplaine et dea

I. Ou l’on voit le visage de celui dont on n’a encore vu que les actions

La nature avait été prodigue de ses bienfaits envers Gwynplaine. Elle lui avait donné une bouche s’ouvrant jusqu’aux oreilles, des oreilles se repliant jusque sur les yeux, un nez informe fait pour l’oscillation des lunettes de grimacier, et un visage qu’on ne pouvait regarder sans rire....

III. «Oculos non habet et videt»

Une seule femme sur la terre voyait Gwynplaiae. C’était cette aveugle. Ce que Gwynplaine avait été pour elle, elle le savait par Ursus, à qui Gwynplaine avait raconté sa rude marche de Portland à Weymouth, et les agonies mêlées à son abandon, Elle savait que, toute petite, expirante sur...

IV. Les amoureux assortis

Ursus, philosophe, comprenait. Il approuvait la fascination de Dea. – L’aveugle voit l’invisible. Il disait: – La conscience est vision. Il regardait Gwynplaine, et il grommelait: – Demi-monstre, mais demi-dieu. Gwynplaine, de son côté, était enivré de Dea. Il y a l’œil...

V. Le bleu dans le noir

Ainsi vivaient l’un par l’autre ces infortunés, Déa appuyée, Gwynplaine accepté. Cette orpheline avait cet orphelin. Cette infirme avait ce difforme. Ces veuvages s’épousaient. Une ineffable action de grâces se dégageait de ces deux détresses. Elles remerciaient. Qui? L’immensité...

VI. Ursus instituteur, et ursus tuteur

Ursus ajoutait: – Je leur ferai un de ces jours un mauvais tour. Je les marierai. Ursus faisait à Gwynplaine la théorie de l’amour. Il lui disait: – L’amour, sais-tu comment le bon Dieu allume ce feu-là? Il met la femme en bas, le diable entre deux; l’homme sur le diable. Une...

VII. La cécité donne des leçons de clairvoyance

Parfois Gwynplaine s’adressait des reproches. Il se faisait de son bonheur un cas de conscience. Il s’imaginait que se laisser aimer par cette femme qui ne pouvait le voir, c’était la tromper. Que dirait-elle si ses yeux s’ouvraient tout à coup? comme ce qui l’attire la repousserait!...

VIII. Non seulement le bonheur, mais la prospérité

Que de choses vraies dans les contes! La brûlure du diable invisible qui vous touche, c’est le remords d’une mauvaise pensée. Chez Gwynplaine, la mauvaise pensée ne parvenait point à éclore, et il n’y avait jamais de remords. Mais il y avait parfois regret. Vagues brumes de la...

II. Dea

L’enfant était à cette heure un homme. Quinze ans s’étaient écoulés. On était en 1705. Gwynplaine touchait à ses vingt-cinq ans. Ursus avait gardé avec lui les deux enfants. Cela avait fait un groupe nomade. Ursus et Homo avaient vieilli. Ursus était devenu tout à fait chauve. Le loup...

X. Coup d’oeil de celui qui est hors de tout sur les choses et sur les hommes

L’homme a une pensée, se venger du plaisir qu’on lui fait. De là le mépris pour le comédien. Cet être me charme, me divertit, m’enseigne, m’enchante, me console, me verse l’idéal, m’est agréable et utile, quel mal puis-je lui rendre? L’humiliation. Le dédain, c’est le...

IX. Extravagances que les gens sans gout appellent poésie

Les pièces d’Ursus étaient des interludes, genre un peu passé de mode aujourd’hui. Une de ces pièces, qui n’est pas venue jusqu’à nous, était intitulée Ursus Rursus. Il est probable qu’il y jouait le principal rôle. Une fausse sortie suivie d’une rentrée, c’était...

XII. Ursus le poëte entraine ursus le philosophe

Puis Dea entra; il la regarda, et ne vit plus qu’elle. L’amour est ainsi; on peut être envahi un moment par une obsession de pensées quelconques; la femme qu’on aime arrive, et fait brusquement évanouir tout ce qui n’est pas sa présence, sans se douter qu’elle efface peut-être en...

XI. Gwynplaine est dans le juste, ursus est dans le vrai

Un philosophe est un espion. Ursus, guetteur de rêves, étudiait son élève. Nos monologues ont sur notre front une vague réverbération distincte au regard du physionomiste. C’est pourquoi ce qui se passait en Gwynplaine n’échappait point à Ursus. Un jour que Gwynplaine méditait, Ursus,...